L'AFFAIRE
THOMAS CROWN (1968)
Analyse du générique réalisé
par Pablo Ferro
par les Etudiant(e)s Master 1 de l'ESAV Castres,
2005
Ce
texte collectif est composé d’extraits
d’analyses écrites par les étudiants
de Master 1 Infographie de l’ESAV Castres,
le 11 novembre 2005. Chaque analyse a été
écrite individuellement, en 3 heures, suite
à la projection du film L’Affaire Thomas
Crown (1968) de Norman Jewison. Proposé dans
le cadre d’un séminaire sur le générique
cinématographique, cet exercice consistait
à faire étudier à chaque étudiant(e),
par écrit, le générique d’ouverture
et ses liens potentiels avec le récit et
l’esthétique du film. Il n’était
pas demandé d’être exhaustif
en si peu de temps, mais plus raisonnablement de
faire partager réflexes et regards personnels
et pistes possibles de lecture. Le texte qui suit
est une proposition de patchwork, à l’image
peut-être des célèbres split-screen
de Pablo Ferro. – A.Tylski, responsable du
séminaire « Génériques
de Films », ESAV Castres 2005.
Du
regard comme ouverture
«
Un œil apparaît à gauche, un autre
à droite. L’œil rieur se fond
tandis que l’œil grave s’impose.
» (R.G.)
«
Ce générique de début s’ouvre
sur deux cadres, deux yeux, or en effet, dans cette
enquête, les personnages vont devoir «
ouvrir l’œil », se chercher ou
au contraire se cacher. Dans tous les cas, s’observer
longuement. Le générique tout entier
d’ailleurs est basé sur le regard,
ce regard dans lequel on va chercher la vérité,
le fond de la personne. » (C.V)
«
Le générique commence avec deux yeux,
chacun de part et d’autre de l’écran,
enfermés dans des cases et parés de
couleurs vives caractéristiques des années
60 et 70. L’un de ces yeux s’approche
de nous, tandis que l’autre s’éloigne.
Ils peuvent symboliser deux êtres qui, dans
cette histoire, vont se croiser, se tirer l’un
vers l’autre, s’affronter mais toujours
rester liés. » (N.B.)
«
Un des thèmes majeurs du film, le regard.
Ce thème est peut-être lié ici
à la guerre du Vietnam qui sévissait
à l’époque du film. Cette guerre
était connue comme la guerre la plus médiatisée,
avec de nombreuses images, etc. On peut supposer
que le thème du regard fait référence
aussi ici à cette guerre qui est une blessure
dans l’Histoire des Etats-Unis. » (D.D.)
«
Le regard. Les jumelles. Voir sans être vu.
Lunettes de soleil comme signe de reconnaissance
des braqueurs. Mais aussi objet pour se cacher ?
s’exclure du monde qui nous entoure ? »
(M.A.)
«
Vicky (Faye Dunaway) porte des lunettes. Existe-t-elle
réellement plus que le reflet de Thomas Crown,
dans le miroir avec lequel il trinque ? Le face
à face a pourtant lieu : quand la reine avance,
le roi va au roque. « Are you on my side ?
» Tout est question de frontière…
mais au final, que reste-t-il ? » (R.G.)
Split-screen: enfermement & souvenirs
«
Lors des split-screen, on se retrouve comme sur
l’échiquier où Thomas Crown
contrôle ses pions. » (C.H.)
«
Pablo Ferro utilise le « split-screen »
pour « découper » les personnages,
pour les « morceler » en eux-mêmes,
pour les diviser. Tout le film se base sur la fébrilité
des ressentis des personnages, emprisonnés
dans leur statut. » (L.L.)
«
Cette fragmentation , nous montrant les éclats
de visage, présage déjà de
l’aspect chaotique des personnages, de leurs
personnalités multiples. De ces assemblages
de fragments naissent des portraits droits et impeccablement
organisés, comme la façade que laissent
paraître les personnages de cette histoire.
» (N.B.)
«
Dans ce générique, la présence
de rectangles peut évoquer l’idée
d’enfermement, de cloison ». (M.A.)
«
Le fait que les images dans le générique
soient découpées en plusieurs cases,
peut générer le sentiment d’enfermement,
d’avoir des limites. Ce sentiment là
nous revient dans plusieurs scènes du film.
Dans le monde dépeint ici, la liberté
est presque inexistante, tout est préparé
et rythmé à l’avance. Les premières
scènes du film sont rythmées par les
sonneries de téléphone ainsi que la
voix qui annonce l’heure, une vie plutôt
« robotique. » Personnages enfermés
dans des cages (ascenseur, guichet…), prison
virtuelle. (…) Confiné chez lui, Thomas
Crown se regarde dans le miroir, et ne regarde plus
rien d’autre que sa personne même. (…)
ce qui s’oppose au générique
de fin où les noms disparaissent dans le
ciel et s’évadent, à l’image
finale de Thomas Crown en avion qui quitte cette
société. » (D.S.)
«
Confrontation perpétuelle et mensonge de
l’intrigue. Un œil s’ouvre à
gauche, un autre à droite. Dans des cadres
trop épais les visages se confrontent et
les histoires se content. Mais ce qui s’apparente
à un puzzle n’est qu’un leurre
: tout est question ici de frontière. Chaque
morceau est plus une fenêtre qu’une
pièce à replacer. Que reste-t-il ?
» (R.G.)
«
Le générique de ce film serait en
fait les souvenirs du protagoniste principal. L’ouverture
du film se fait d’ailleurs sur l’agrandissement
de la première image comme si on revenait
à la réalité doucement. A la
fin du film, le générique prend tout
son sens, à savoir qu’il s’agit
des souvenirs de l’un envers l’autre
et vice versa. Le film et le générique
prennent leur sens grâce à l’esthétique
utilisé et la manière dont est monté
le film. » (C.H.)
«
Restent des corps décapités. Un générique
qui démembre littéralement ses acteurs,
qui les fait passer de vie à trépas
et les basculent brusquement au négatif.
» (R.G.)
Typographie
& simulacre
«
L’aspect sexuel du film est symbolisé
dans le générique par la pénétration
des mots dans les gros plans de visage des interprètes.
» (L.L.)

«
Au niveau typographique, les noms sont plus gros
que les fonctions, comme dans le générique
de Will Hunting (cf. Pablo Ferro), la personne dominant
sa fonction. (…) On remarque un jeu de «
pousse-pousse » entre les cases d’images
et les noms, l’un prenant le pas sur l’autre
et vice versa. On pourrait supposer que ce jeu de
pousse-pousse symbolise le combat, l’opposition
entre les apparences (représentées
par les images) et la vérité (représentée
ici par les noms auteurs de ces images). Cela rappelle
alors inévitablement le thème du mensonge,
la désinformation, employé par les
protagonistes du film, et à l’heure
de la guerre du Vietnam. » (D.D.)
«
Des lettres lourdes « S.M.Q »., «
F.D. », « MJ », etc. comme s’il
fallait ne retenir que des sigles, des matricules.
» (R.G.)
«
Dans ce générique, les bandes noires
ne sont pas là pour diviser l’image
mais à mon sens aussi pour la masquer, en
partie. Ainsi on trouve le principe de placement
des noms : au lieu d’être placé
dans des endroits de l’image plus espacés,
le nom des interprètes est étoufféà
l’intérieur des portraits (les personnages
seront eux aussi étouffés dans le
monde). Etouffement, dissimulation, prison, oppression.
Etant donné l’époque du film,
il me vient aussi le mot « censure ».
Je ressens dans ce générique la critique
de la censure pratiquée aux Etats-Unis sur
les médias. Il parle du capitalisme. »
(L.L.)
Jeux
de couleurs
«
Dans ce générique, les couleurs s’échangent
et changent, créant ainsi un contraste permanent
entre les parties composant l’image. Les couleurs
sont de catégories chaudes en général
avec des nuances de gris. Elles viennent teindre
de nombreux plans très rapprochés
de regard, de bouches et de visages. Tous ces éléments
vont dans le sens d’une ambiance sensuelle
très poussée, voire sexuelle, avec
ces gros plans de lèvres. » (S.F.)
«
Pablo Ferro a choisi de nous montrer un condensé
du film teinté de couleurs très vives
et très variées (rappelant la «
Marilyn » d’Andy Warhol, Faye Dunaway
incarnant aussi une femme fatale). Or, dès
les premières images, on ne retrouve pas
cette ambiance colorée. L’intention
du réalisateur en faisant ceci est justement
de mettre l’accent sur la confrontation monochrome
qui va opposer Steve Mc Queen (vêtu de costumes
sombres) et Faye Dunaway (habillée en clair)
(…) cette opposition blanc / noir & bien
/ mal va s’inverser après la scène
climax du film, la partie d’échec.
» (C.V.)
«
Ici personne n’est complètement «
gentil » ni « méchant ».
Contrairement à ce que peuvent symboliser
les cases, enfermant les personnages dans un système,
un état ou une situation, les couleurs changeantes
donnent un sentiment de liberté et de choses
en mouvement. On peut penser alors qu’il y
a une lutte entre le cadre dans lequel les personnages
sont enfermés, c’est à dire
leur métier ou leur « aspect »
aux yeux des autres, et ce qu’il y a à
l’intérieur de ce cadre, cette fragmentation,
leurs sentiments, leurs envies et leurs aspirations.
» (N.B.)
«
C’est un homme (Thomas Crown) qui approche
la quarantaine et la vision que l’on peut
avoir des touches de rouge et de jaune présentes
au long du film change. On peut alors ressentir
que Thomas Crown se voit comme une fleur jaunie
qui se flétrit sur le sol, surprise par un
automne venu trop hâtivement. C’est
un homme qui a besoin de changement, comme le générique
le laissait pressentir et qui aspire à s’échapper
des cases dans lesquelles il est enfermé
depuis trop longtemps. Il veut goûter à
la liberté et il y parvient. Il peut s’envoler
comme les oiseaux sur la plage dans le film, s’échapper
de sa cage et errer dans l’infiniment grand
comme un planeur livré au vent. » (N.B.)
Musique
et mouvement
«
Cette chanson du générique exprime
bien ce qu’est la société américaine,
ainsi que le système à cette période,
« never ending or begining… »,
une société qui n’a ni début
ni fin. » (D.S.)
«
Dans ce générique, on entend une musique,
semblable à une balade doucereuse des années
soixante dans laquelle il est question de moulins
(cette chanson de Michel Legrand s’intitule
« Windmills of your mind »). L’image
même du moulin nous renvoie à l’esprit
un bâtiment, objet qui par définition
est immobile. Le générique résume
donc bien ce que vont être les personnages
au cours de cette histoire, des hommes bloqués
dans les cages d’une société
qui les fabrique, cachant en leur sein un tourbillon
de changement. C’est notamment le cas pour
Thomas Crown, chef d’entreprise lisse, qui
devient le cerveau d’un braquage et qui déclare
même ne pas voler pour l’argent mais
pour s’opposer au système. »
(N.B.)
Entre
héritage et influence
«
L’utilisation des cases renvoie au mouvement
du Cubisme. Finalement on peut relier les cases
au Jeu. Jeu d’assemblage, jeu du chat et de
la souris et enfin au jeu d’échec.
Les deux personnages principaux tentent de sortir
de cette condition de pion en se rebellant contre
le système. » (P.E.)
«
Tombeau et phallus, la puissance mais la mort. Thomas
Crown entre dans son bureau, entre l’obélisque
et le globe et récupère son butin
entre l’obélisque et les tombes des
soldats… à la poubelle. Capitalisme
d’un pays en guerre, les hommes disparaissent
à chaque coup de cloche. « Système
»… Que reste-t-il ? » (R.G.)
«
Le film se situe en pleine période Pop Art.
Les couleurs vives de ce mouvement artistique présentait,
ou plutôt critiquait, la société
de consommation alors déjà en pleine
expansion. L’œuvre d’Andy Warhol
de cette époque a été reprise
en quelque sorte dans ce générique,
notamment à travers l’œuvre «
Marilyn » ou le portrait de l’actrice
était reproduit plusieurs fois et assemblé
l’un contre l’autre, mais dans des couleurs
vives différentes. Ces couleurs dominent
ce générique et reviendront vers la
fin du film, lors de la partie d’échec.
Le Pop Art et la société de consommation
sont peut-être le sujet même du film
à travers la relation de ces deux protagonistes
basée sur l’argent. » (D.S.)

«
Le film est présenté dans une période
où les femmes combattent pour obtenir leur
place dans la société. Ce film semble
être la critique d’une société
qui complique le relationnel et la vie des hommes
et des femmes. Il montre aussi la puissance et le
pouvoir d’influence qui se créent entre
deux personnes attirées l’une par l’autre.
Il m’a semblé revoir le film Basic
Instinct… » (S.F.)
«
Au niveau rythmique, ce concept a été
repris très récemment dans la série
24heures chrono afin de montrer plusieurs séquences
en même temps. Mike Figgis, lui, s’en
est inspiré pour faire un film concept, Time
Code, ou le métrage entier est filmé
par quatre caméras occupant chacun un quart
de l’écran. » (C.V.)
«
A la façon d’une bande dessinée,
l’image est fractionnée, séparée,
par de larges bandes noires. (…) Cet effet
illustre aussi parfaitement le thème du regard,
chaque case étant une petite fenêtre…
» (D.D.)
.........
LES
AUTEURS
Extraits
d’analyses écrites par Marianne ALBERT
(M.A.), Nicolas BACQUE (N.B.), Damien DJAOUTI (D.D.),
Pauline ESPEN (P.E.), Sébastien FASTREZ (S.F),
Rashid GHASSEMPOURI (R.G.), Christophe HERNANDEZ
(C.H.), Laurent LHERMITE (L.L.), Diana SFEIR (D.S.),
Christian VIALARET (C.V.). Promotion 2005/2006 Master
1 Infographie, ESAV (UTM), Castres.
RESSOURCES UTILES
DE PABLO PRODUCTIONS, Site officiel
http://www.pabloferro.com/
ESAV Ecole Supérieure d'Audio Visuel
http://www.esav.net/
GENERIQUE & CINEMA, Pablo Ferro
http://www.generique-cinema.net/createurs/ferro.html
HELLER (Steven), Article sur Pablo Ferro
http://www.typotheque.com/site/article.php?id=48
IMBD,
Pablo Ferro
http://www.imdb.com/name/nm0274998/
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Les images proposées ici appartiennent à
leur propriétaire, MGM, 1968. Le présent
texte appartient à Cadrage/Arkhome 2005 (ISSN
1776-2928). Tous droits réservés.
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